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Controverse – Coxarthrose du sujet jeune : Prothèse de hanche ou resurfaçage ?

Dr Romain Rousseau (Service de Chirurgie orthopédique et Traumatologie du Sport, CHU La Pitié-Salpêtrière, Paris), Dr Nicolas Krantz (Centre de Chirurgie de la Hanche, clinique Médipôle Garonne, Toulouse), Pr Julien Girard (Service de Chirurgie-Orthopédie, hôpital Roger-Salengro, Lille ; Domaine universitaire de Médecine du Sport, Université de Lille 2, Faculté de Médecine, Lille), Dr Alexis Nogier (Institut de l'Appareil locomoteur Nollet, Paris), Dr Élodie Baraduc (Institut de l'Appareil locomoteur Nollet, Paris), Dr Idriss Tourabaly (Institut de l’Appareil locomoteur Nollet, Paris)

Nous voyons en consultation de plus en plus de patients jeunes et sportifs atteints de coxarthrose sévère et invalidante. Deux types de prises en charge font l’objet d’une controverse : la prothèse de hanche et le resurfaçage.

Introduction

Il y a quelques décennies, les stratégies thérapeutiques de la coxarthrose étaient relativement limitées et le recours à la chirurgie restait l’ultime solution, avec le plus souvent un arrêt du sport ou un discours au patient d’attente d’un âge plus “mûr” pour implanter une prothèse. Avec les progrès des chirurgiens dans leur technicité et l’évolution croissante de la compréhension des matériaux et de l’ingénierie prothétique, il est à présent raisonnable de proposer une arthroplastie de hanche chez un sujet jeune et sportif désireux de poursuivre ses activités sans souffrance…
Avec cet engouement et des résultats plus qu’encourageants, plusieurs techniques se sont développées. Le dernier congrès de la Société française de Traumatologie du Sport de 2014 à Strasbourg a été l’occasion d’un débat entre partisans du resurfaçage et ceux de la prothèse de hanche (PTH) “conventionnelle”. En outre, la médiatisation des déboires rencontrés avec la première génération d’implants de resurfaçage nous fait nous poser quelques questions.
Médecins du sport a voulu revenir sur cette controverse afin de nous éclairer sur ces nouvelles prises en charge.
Deux concepts s’affrontent : le resurfaçage de hanche par voie postérieure avec couple métal/métal et la prothèse de hanche sur mesure par voie antérieure avec couple de frottement céramique/céramique.
À la lumière des points de vue de nos chirurgiens experts, nous allons tenter de comprendre l’argumentaire de chacun pour avoir une idée claire de ce qui se fait aujourd’hui en chirurgie prothétique de hanche.
Le Dr Nicolas Krantz, chirurgien spécialiste de la hanche, nous présentera les principes fondamentaux de la prothèse de hanche. Dans la deuxième partie, le Pr Julien Girard, fervent défenseur du resurfaçage en France et chirurgien reconnu internationalement pour ses travaux sur le sujet, nous exposera son point de vue.
Enfin, le Dr Alexis Nogier, spécialiste de la chirurgie de hanche, reconnu pour ses travaux sur la hanche dégénérative du sujet jeune et le conflit fémoroacétabulaire, le Dr Élodie Baraduc et le Dr Idriss Tourabaly, nous donneront leur conception de la prothèse de hanche sur mesure pour ces patients jeunes et sportifs dans le souci de rétablir une biomécanique parfaite.

Dr Romain Rousseau

De quoi parle-t-on ?

La compréhension de la hanche douloureuse chez l’adulte jeune a beaucoup évolué ces dernières années depuis la popularisation du conflit fémoro-acétabulaire. Celui-ci est décrit comme une cause de douleur de hanche de l’adulte jeune et identifié comme une cause d’arthrose précoce. La coxarthrose du sujet jeune peut également être secondaire à une anomalie morphologique comme une dysplasie (défaut de couverture de la tête fémorale), une protrusion acétabulaire ou une épiphysiolyse.
À l’issue d’un examen clinique et radiologique complet, une indication de chirurgie prothétique peut être retenue en fonction de l’usure cartilagineuse. Cette arthroplastie peut être conventionnelle, sur mesure, ou de resurfaçage.
La prothèse de hanche (Fig. 1) remplace l’articulation pathologique par deux composants solidement fixés à l’os mais mobiles l’un par rapport à l’autre.

Figure 1 – Prothèse de hanche conventionnelle.

La tige fémorale est un pivot prolongé par un col puis par une bille. La cupule acétabulaire, de surface hémisphérique, est fixée dans le bassin et s’articule avec la bille.
La fixation à l’os est soit cimentée, soit directe par réhabitation biologique.
Différents couples de frottement sont possibles : céramique-céramique, céramique-polyéthylène, métal-polyéthylène, métal-métal.
Depuis 40 ans, les progrès sont constants, tant en termes de voies d’abord que de tribologie (étude des couples de frottement). L’introduction des couples de frottement “dur-dur” (céramique ou métal) avait pour objectif de réduire la production de débris d’usure afin de diminuer la fréquence des descellements aseptiques consécutifs aux granulomes à corps étrangers.
La fixation des implants à l’os reste un défi permanent même si la fixation sans ciment moderne semble avoir atteint sa maturité, les facteurs de succès de la fixation primaire (dessin prothétique) et secondaire (traitement de surface) ayant été parfaitement identifiés.
Cependant, la prothèse scellée (cimentée) comportant un frottement métal – le polyéthylène – constitue toujours un modèle de référence de par son ancienneté. Mais ce type d’arthroplastie est soumis à différentes complications : les luxations à court terme, l’usure et le descellement à long terme. Le taux d’usure est d’autant plus élevé que le niveau d’activité est élevé, les patients jeunes et sportifs représentant actuellement une part croissante de la population bénéficiant d’une PTH en France.
À côté des PTH classiques qui bénéficient d’une large gamme pouvant s’adapter à la majorité des patients sur le plan anatomique, se sont développées les PTH sur mesure qui s’adaptent parfaitement à l’anatomie du patient, notamment en cas de déformation fémorale (déformation de la diaphyse, trouble de l’orientation du col fémoral, dimensions extrêmes…), permettant une conservation à l’identique de la longueur du membre et de l’offset fémoral (bras de levier fémoral), et ainsi, une biomécanique de la hanche prothésée la plus proche possible de la hanche saine.
Concernant les patients jeunes et actifs, il existe une alternative à la prothèse totale de hanche classique : le resurfaçage total de hanche (Fig. 2).

Figure 2 Prothèse de resurfaçage.

Le principe est différent, la tête fémorale étant conservée et travaillée pour recevoir une cupule prothétique en métal.
Au niveau du bassin, l’acétabulum est fraisé afin de pouvoir y impacter une cupule qui est une demi-sphère tronquée.
Dès le début des années 1980, les chirurgiens avaient bien compris les avantages du resurfaçage de hanche.
Cette technique a été largement diffusée, mais cette première génération d’implants a présenté un taux d’échec trop important. Ces échecs étaient liés aux matériaux, à l’ancrage et au couple de frottement. Dans les années 1990 et 2000, les progrès tribologiques, en particulier sur le couple métal-métal, ont permis d’aboutir à des implants de deuxième génération permettant d’associer l’avantage des têtes prothétiques de gros diamètre et une préservation osseuse fémorale.
Ce type de prothèse permet de respecter au mieux l’anatomie du patient : longueur du membre, offset fémoral, conservation des récepteurs proprioceptifs situés sur le col fémoral.
Le grand diamètre de la tête prothétique permet d’avoir un taux de luxation proche de zéro, ce qui autorise la pratique de toutes les activités sportives sans aucune restriction.
Cependant, cette technique ne peut être proposée à tout âge car la faisabilité dépend de la qualité osseuse de la tête fémorale, qui peut varier selon de nombreux paramètres (poids, âge, ostéoporose, kystes, nécrose…). Selon les critères actuels d’éligibilité, il faut être un homme de moins de 50 ans pour prétendre à cette technique. En effet, des séries récentes ont montré que la femme présente plus de réaction aux débris libérés par les composants, et un risque d’ostéoporose accru par rapport à l’homme.
Enfin, il s’agit d’une technique rigoureuse et difficile. La qualité du résultat et surtout la longévité de l’implant dépendent probablement plus du chirurgien et de son expérience de la technique que pour une prothèse standard.

Dr Nicolas Krantz

Pourquoi je fais du resurfaçage ?

Si la reprise des activités sportives est compatible avec une prothèse totale de hanche conventionnelle (PTH), la pratique des sports d’impact élevé (type course à pied, football…) est parfois interdite par certains opérateurs (1). C’est dans ce contexte que s’est développé le resurfaçage (RTH). Le RTH présente de nombreux avantages : restauration de la biomécanique, préservation du stock osseux fémoral, absence d’instabilité, effet grand diamètre, préservation de la proprioception…
(2, 3) Le retour aux activités physiques et sportives douces et/ou modérées est rapide (4) et la possibilité de pratiquer des activités physiques à haut impact est une réalité.
En 2014, les deux options possibles pour un patient souffrant de coxarthrose sont soit une PTH, soit un RTH.
Une des différences réside dans la conservation du stock osseux fémoral et le maintien d’un diamètre de tête fémoral prothétique équivalant au diamètre natif avec un RTH (Fig. 3).

Figure 3 – Radiographie de bassin chez un patient porteur d’une PTH à gauche et d’un RTH à droite mettant en évidence les principaux avantages du concept du RTH : absence de trépanation du fût fémoral, respect du diamètre de la tête fémorale, respect de l’anatomie, physiologie normale de la diaphyse fémorale, respect du stock osseux fémoral…

Le RTH constitue une alternative séduisante à la PTH chez des patients sportifs. Il faut cependant bien garder en mémoire qu’il existe certaines contre-indications à son implantation : ostéonécrose massive de la tête fémorale, inégalité de longueur de jambe de plus de 2 cm, anomalie morphologique majeure de la hanche, kyste osseux de tête fémorale de plus de 3 cm2… De même, une ostéoporose contre-indique ce type de chirurgie.
La chirurgie de RTH se déroule au flux laminaire par une voie d’abord postérolatérale. La planification préopératoire permet de s’assurer de la préservation de la biomécanique de la hanche et de s’ajuster au diamètre natif de la tête fémorale. Les suites postopératoires sont simples étant donné l’absence de risque de luxation. Il n’y a pas de nécessité d’apprentissage des positions luxantes et aucun besoin de rehausseur de toilettes ou autre dispositif particulier. L’appui est autorisé dès le premier jour postopératoire avec maintien de cannes anglaises durant dix à quinze jours environ. Une quinzaine de séances de rééducation s’étalant sur trois semaines permettent de tonifier les fessiers et de restaurer les amplitudes articulaires.
Les sports portés sont autorisés dès la quatrième semaine postopératoire et les sports à impact dès le deuxième mois. Il n’existe pas de contreindication aux sports violents et à impact, sous couvert que le patient les pratiquait auparavant.
Par définition, le RTH restaure de manière physiologique l’anatomie de l’articulation coxo-fémorale sans modifier ni la longueur du membre, ni l’offset fémoral (4, 5).
Cela apparaît comme primordial pour le respect du bras de levier de l’appareil glutéal, qui est l’élément principal pour les sports impliquant la course à pied. Ce respect de la biomécanique coxo-fémorale est en effet le minimum indispensable à la reprise sportive. La restauration automatique de la biomécanique de la hanche avec un RTH permet ainsi de noter un schéma de marche identique à celui d’une hanche vierge indemne d’arthrose (4). Chez les patients avec un RTH, l’énergie déployée lors des mouvements cycliques et les vitesses maximales de marche et de course sont identiques à celles observées chez des sujets sains (6, 7). Cela est confirmé aussi lors d’analyses stabilométriques de la fonction motrice et du contrôle postural de la hanche (5). L’ensemble des tests de marche et de motricité a permis de retrouver des scores similaires entre le groupe “RTH” et le groupe “sportifs sains” (indemnes de toute atteinte articulaire).
La préservation du stock osseux fémoral avec un RTH permet de conserver les nombreux propriorécepteurs intra-osseux et péricervicaux (6). Ce point apparaît crucial pour le patient sportif dans le contrôle de son geste. La conservation de ces récepteurs synoviaux et osseux permet de préserver la proprioception coxo-fémorale comme le démontrent plusieurs études effectuées au laboratoire de marche. Les données étaient identiques entre les groupes “sains non opérés” et “RTH” (5-7).
Avec un RTH, l’absence de trépanation du fût fémoral permet de réduire de façon drastique le saignement et le taux d’incidents thromboemboliques. Avec un RTH, la transmission de charge étant physiologique, la reprise de sport à impact est donc possible sans générer d’anomalie de contrainte biomécanique et sans douleur de cuisse.
Après RTH, la reproduction du diamètre de la tête fémorale native du patient permet une excellente stabilité articulaire (effet “grosse tête”) favorisant un niveau élevé d’activité en réduisant totalement les épisodes de subluxation et d’instabilité. Ainsi, à dix ans, le risque de luxation est nul avec l’utilisation d’un RTH (8-10). Cela constitue un argument décisif dans la reprise du sport étant donné l’absence de crainte d’une luxation (5).
Compte tenu de l’ensemble de ces avantages, il semble pertinent de voir s’il existe réellement ou non un avantage clair pour le RTH chez les patients sportifs. La réponse est sans ambiguïté étant donné l’abondante littérature sur la reprise de sport après RTH.
Après RTH, la reprise des activités physiques se fait dans les trois mois postopératoires pour 50 % des patients et en six mois pour 90 % selon Naal (2). Ce délai de reprise était même de moins de trois mois pour 90 % des patients pour Banerjee et al. (12), et pour 91 % pour Girard et al. (20). Il n’a pas été noté d’influence péjorative de l’âge sur le nombre d’activités pratiquées et le temps consacré à celles-ci (2, 12).
Le nombre d’activités pratiquées est très élevé dans toutes les séries de RTH avec une moyenne de 4,6 sports pour Naal et al. (2), de 3,2 pour Banerjee et al. (12) et de 4,4 pour Girard et al. (13).
Le taux de reprise sportive, quel que soit le degré d’impact, est très élevé (taux compris entre 79 et 98 % [2, 11-13]) après RTH (12, 13). Le taux de retour aux activités à très haut impact est de 82 % après RTH (2).
Récemment, il a été montré que le taux de retour aux activités à impact majeur était de 82 % (course à pied, football, rugby, hockey…) et à impact élevé de 98 % (13, 14).
Afin de spécifier la reprise sportive lors de l’une des activités les plus “impactantes”, 40 patients pratiquant la course à pied en compétition (plus de 50 km/semaine) ont été analysés.
Après RTH, 91,6 % avaient repris la course à pied sans différence entre le temps sportif dévolu en préopératoire et au recul (14).
Il est ainsi clairement démontré que le RTH permet une reprise d’activité sportive intense. Cependant, il faut poser le problème de la pérennité de la fixation des implants chez ces patients qui hypersollicitent leurs articulations (16). Pour Amstutz et al. (15), chez les patients sportifs avec RTH, le taux de survie des implants est identique à celui du groupe sédentaire. Mont et al. (3), au sein d’une série de joueurs de tennis porteurs respectivement d’une PTH et d’un RTH, retrouvaient un taux de révision identique à huit ans.
À la lumière de la littérature, il est clair que le RTH permet, chez des patients jeunes et actifs, une reprise sans aucune restriction des activités physiques et sportives. L’absence d’usure à moyen terme, la bonne qualité osseuse des sujets porteurs d’un RTH et l’absence de luxation permettent une récupération fonctionnelle très satisfaisante sans risque de descellement à moyen terme.
Il faut cependant garder à l’esprit qu’à l’heure actuelle, aucune étude à plus de quinze ans n’a analysé l’impact du sport sur la survenue d’un descellement aseptique.

Pr Julien Girard

Pourquoi une prothèse de hanche sur mesure implantée par voie antérieure chez le sportif ?

Le sportif qui recourt à une arthroplastie de hanche en 2015 a des attentes très élevées : il souhaite une garantie sur le retour aux performances sportives, un résultat stable à long terme et l’absence de complications.
Avec la prothèse sur mesure implantée par voie antérieure, nous répondons à ces exigences en personnalisant l’ensemble de la démarche thérapeutique :

  • Respect de la musculature. Nous souhaitons une chirurgie atraumatique afin que le sportif conserve intacte sa balance musculaire agonistes/antagonistes et n’ait aucune restriction dans la pratique de ses mouvements. La voie antérieure offre cette préservation musculaire.
  • Performance articulaire. Pour que le sportif oublie sa hanche, récupère sa force et ses mobilités, un réglage parfait de la tension musculaire et de l’orientation des implants est nécessaire. Cette avancée, nous la devons à la planification 3D et à la prothèse sur mesure.
  •  Recherche du risque zéro. Grâce au temps passé sur chaque dossier, en collaboration avec nos ingénieurs, l’implant sur mesure augmente le niveau de précision et de sécurité en permettant l’anticipation des difficultés opératoires. Le choix de la céramique à haute résistance s’inscrit dans cette logique de prudence, pour préparer une longue durée de vie des implants avec un couple de glissement bien toléré.

Indication opératoire et bilan clinique

L’indication d’arthroplastie de hanche chez un sportif est posée en cas de coxopathie évoluée résistant au traitement médical bien conduit. La douleur n’est pas le seul critère à prendre en compte, il faut considérer la raideur articulaire, l’amyotrophie et les répercussions rachidiennes lombaires.
Un âge inférieur à 40 ans n’est pas une contre-indication, mais impose de discuter l’indication alternative d’arthroscopie conservatrice, surtout en cas de conflit fémoro-acétabulaire.
La prothèse sur mesure permettant de régler la longueur et l’orientation du col fémoral, nous réalisons un examen clinique préopératoire pour planifier le col. Nous recherchons une obliquité du bassin ainsi qu’une inégalité de longueur des membres inférieurs qui peut être corrigée après discussion au cas par cas.
Nous analysons également les rotations de la hanche arthrosique et de la hanche saine en faisant référence au sport pratiqué. Le cas de la danseuse classique ayant des rotations externes importantes est un bon exemple de l’indispensable prise en compte des particularités rotatoires si l’on veut obtenir un résultat sportif satisfaisant.

Planification, conception et réalisation de l’implant

Toute notre planification est réalisée sur la base d’un protocole scanner spécifiquement développé. Ce “relevé 3D” de la hanche du sportif est riche d’informations : il précise les modifications anatomiques dues à l’arthrose (destruction osseuse, excentration de la hanche, géodes), il dépiste une malformation coxo-fémorale préexistante (coxa vara, trouble rotatoire…), permet l’analyse de la qualité de la musculature périarticulaire en quantifiant la dégénérescence graisseuse et il sert enfin de support à la planification des implants.
La phase de conception de la prothèse est soumise à un cahier des charges ostéoarticulaire et mécanique :

  • Assurer la transmission harmonieuse des contraintes entre l’os et la prothèse grâce à un design prothétique parfaitement adapté à la morphologie osseuse.
  • Optimiser le bras de levier des muscles fessiers et des rotateurs en évitant toute détente ou tout excès de tension musculaire, quelle que soit la position de la hanche.
  • Restaurer l’équilibre du bassin en position debout (asymétrie de longueur).
  • Corriger des malformations coxofémorales à risque (trouble rotatoire).

Une fois validée par l’équipe chirurgicale et par le département d’ingénierie, la prothèse personnalisée est mise en fabrication.

Déroulement de la chirurgie

Six semaines après la consultation initiale, la prothèse est disponible et l’implantation peut avoir lieu.
Le geste est réalisé sous anesthésie générale ou rachidienne, en position couchée sur le dos, sur une table spécifiquement dédiée à la chirurgie de hanche par voie antérieure.
La voie antérieure est un passage anatomique qui mène à l’articulation de la hanche sans aucune section musculaire, en écartant le tenseur du fascia lata et le droit fémoral. La capsule articulaire est ouverte et réséquée si elle est rétractée. Le col fémoral est coupé, et la tête fémorale arthrosique est réséquée. La cupule est implantée après préparation du cotyle osseux par fraisage. Le canal médullaire fémoral est ensuite creusé pour faire place à l’implant fémoral sur mesure. L’ensemble de la procédure chirurgicale a été défini en amont grâce à la planification tridimensionnelle.
Des tests dynamiques sont réalisés avec une tête d’essai, afin de contrôler la stabilité et la mobilité de la nouvelle articulation. Un ultime réglage de la tension musculaire reste possible à ce stade grâce à différentes longueurs de tête. La tête prothétique retenue est enfin impactée sur la tige fémorale et la hanche est refermée. Les muscles retrouvent alors spontanément leur position anatomique, seuls la peau et le tissu souscutané nécessitent une suture. Dès le réveil, il n’y aura aucun mouvement interdit.
Les matériaux utilisés sont la céramique et le titane. La céramique de nouvelle génération est extrêmement solide et autorise les sports avec impacts, tout en étant très bien tolérée puisque ce couple de glissement ne génère pas d’ostéolyse, de métallose, ou d’allergie. Le titane est utilisé pour l’ancrage à l’os car il favorise la repousse osseuse et son module d’élasticité est proche de celui de l’os, ce qui permet une transmission harmonieuse des contraintes sans douleur.

Figure 4 – L’implant fémoral sur mesure permet le réglage indépendant des paramètres biomécaniques de la hanche, offrant une restauration optimale de ses capacités articulaires.

Gestion des suites et reprise du sport

Les sportifs sont inégaux devant la récupération fonctionnelle, il faut donc adapter la reprise du sport à chaque situation en personnalisant la réathlétisation.
Les trois critères qui déterminent la montée en puissance sont la stabilité, la douleur et la confiance.
La stabilité est indispensable à la reprise des sports en charge. Tant que l’appui monopodal n’est pas stable, il faut garder une canne et orienter le sportif vers du pédalage sur vélo statique.
Ce délai de stabilisation de la hanche varie habituellement d’une à trois semaines.
La douleur disparaît progressivement, au rythme de la diminution de l’oedème musculaire et de l’achèvement de l’ostéo-intégration des implants. Paramètre subjectif et variable, la douleur devient habituellement négligeable entre une et quatre semaines.
La confiance est le meilleur marqueur du succès de l’implantation. Une prothèse sur mesure doit être perçue par le sportif comme « faisant partie de son propre corps ». Une fois stable et indolore, la hanche permet une montée en charge graduelle vers le geste et l’intensité sportive.
Dans cette dernière phase, le sportif doit lui-même aller chercher le maximum de sa performance en fonction de ses sensations. La durée de réathlétisation est variable, mais nous proposons souvent au sportif le délai de trois mois postopératoires comme objectif de retour à la compétition, sans lui imposer ce délai de façon dogmatique mais en le rassurant sur le bon déroulement de son histoire personnelle.

Suivi à long terme de la hanche

Même soumise à une activité sportive intense pendant plusieurs décennies, la céramique offre de telles qualités tribologiques que son usure est indétectable par les moyens à notre disposition.
Il est toutefois fondamental pour la hanche du sportif de planifier une surveillance rigoureuse, dont l’enjeu est de vérifier la stabilité de l’ostéointégration des implants. Il s’agit d’un contrôle de l’interface os-prothèse par une simple radiographie qui doit être montrée au chirurgien spécialiste.
Un contrôle doit être effectué dix ans après l’implantation en cas de pratique sportive modérée. Chez un sportif de haut niveau, nous avançons ce contrôle à cinq ans. Par la suite, il faut poursuivre les contrôles tous les cinq ans, même en l’absence d’anomalie.

Conclusion

L’implantation d’une prothèse de hanche chez un jeune sportif n’est jamais une procédure banale ou standardisée : il s’agit chaque fois d’un geste unique vécu de façon très forte par le patient et par tous ceux qui contribuent à l’implantation.
Notre offre personnalisée accompagne l’évolution de la demande d’une génération informée qui manifeste clairement sa volonté de bénéficier d’une arthroplastie adaptée à ses propres besoins.

Dr Alexis Nogier, Dr Élodie Baraduc, Dr Idriss Tourabaly

Conclusion

La coxarthrose du sujet jeune n’est plus synonyme d’arrêt sportif. Avec les progrès en matière d’ingénierie et de chirurgie, la compréhension de la hanche dégénérative est à présent bien assimilée. Un patient atteint de coxarthrose souhaitant poursuivre ses activités en les adaptant et sans douleurs peut à présent bénéficier d’un remplacement prothétique de la hanche au prix d’un très faible taux de complications.
L’engouement et la médiatisation récente du resurfaçage de la hanche montre de bons résultats dans des mains expertes avec toutefois une zone d’ombre quant à l’évolution à long terme de l’utilisation d’un couple métal-métal pour ces sujets actifs avec une longue espérance de vie (Fig. 5). La prothèse standard, qui plus est sur mesure par une voie d’abord antérieure, représente une tendance très séduisante avec des résultats très bons à long terme tant sur le risque de luxation que sur la reprise fonctionnelle des différentes activités. L’adaptation à la morphologie du patient d’une prothèse permet d’augmenter sa longévité et de pratiquer les sports souhaités.

Figure 5 – Le resurfaçage, un concept pas si récent… (J. Bone Joint Surg., avril 1952).

Certaines études retrouvent un principe simple : poursuivre son activité physique après une arthroplastie totale de la hanche est possible, surtout si le patient a déjà un niveau technique satisfaisant. En revanche, mettre en place une prothèse de hanche pour se lancer à la découverte d’un sport à risque ne semble pas recommandable. Tout s’use… Il faut prévenir le patient que, très probablement, un changement prothétique sera nécessaire à terme, d’autant que le patient est jeune. Dans combien de temps…? Dix, quinze ou vingt ans, il est toujours difficile de répondre à cette question car cela dépend de nombreux facteurs. Actuellement, les couples de frottement “dur-dur” (métal-métal ou céramique-céramique) sont réputés inusables, et si la prothèse ne vieillit pas, la qualité osseuse du patient se modifie avec le temps d’où la nécessité d’une pose “anatomique”.
Dans la coxarthrose du sportif, la prothèse est indiquée quand elle est nécessaire ; cela paraît être une évidence, pourtant nombre de nos patients viennent souvent nous voir avec l’idée qu’il faut attendre « d’être plus vieux pour avoir droit à la prothèse…». Nous devons répondre à une demande d’information claire sur les possibilités thérapeutiques en cas de coxarthrose invalidante en connaissant les risques et les résultats attendus. Le patient pourra prendre sa décision en connaissance de cause et en fonction de sa gêne et de son souhait de poursuivre ses activités.
D’autres études sont nécessaires pour condamner définitivement le resurfaçage et proposer une prothèse de hanche sur mesure céramique-céramique par voie antérieure comme gold-standard

Dr Romain Rousseau