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Gonarthrose et sport : aviser au cas par cas

Dr Jean-Marie Coudreuse (Unité de médecine du sport, pôle de médecine physique et de réadaptation, AP-HM Marseille)

« Le sport pour le cartilage, c’est comme l’amour maternel pour l’enfant. S’il y en a trop, ce n’est pas bon, mais s’il n’y en a pas assez c’est dramatique ». Cette phrase entendue lors d’un congrès résume à elle seule les rapports étroits qui existent entre l’activité physique et son effet sur le cartilage, en particulier dans la gonarthrose.

Littérature et terrain 

On sait maintenant qu’une activité raisonnable et raisonnée est indispensable et bénéfique pour le cartilage. De nombreuses études l’ont démontré et ce que l’on suspectait intuitivement depuis des décennies est aujourd’hui confirmé sur le plan scientifique. White DK et al. ont ainsi démontré que faire au moins 6 000 pas par jour protégerait de l’arthrose du genou (1).

A contrario, la pratique excessive, surtout de sport pivot ou pivot contact comme le football, le rugby ou le basket, augmenterait le risque d’arthrose, en particulier si le sport incriminé a été exercé pendant plus de 10 ans à haut niveau (2). En réalité, ce qui est déterminant, c’est surtout la survenue d’une lésion grave comme une rupture de ligament croisé ou une lésion méniscale, surtout si elle a nécessité une méniscectomie.

Lo GH et al. ont comparé, sur 96 mois, l’évolution d’une gonarthrose chez des coureurs et des non-coureurs de plus de 50 ans et ont montré qu’il n’y avait pas de différences en termes d’évolution radiographique de la gonarthrose et de phénomènes douloureux. Cependant, il est à noter qu’à la fin de l’étude, la douleur était moins importante chez les coureurs. Il est vrai que lors des consultations, on est toujours très étonné par de nombreux coureurs à pied qui, malgré la présence de signes radiologiques, continuent à pratiquer leur sport en déclarant « se sentir mieux » grâce à la pratique de ce sport.

Aviser au cas par cas 

Il faut cependant, pour conseiller la pratique de la course à pied, faire la différence entre l’athlète affûté mince qui vraisemblablement met moins de contraintes sur son genou et celui qui est en surcharge pondérale et qui veut faire du footing pour perdre du poids. De même, les antécédents de traumatisme du genou doivent faire envisager la pratique de cette activité avec beaucoup plus de prudence.

De manière générale, quand on conseille la pratique d’un sport à un sujet qui présente une gonarthrose, il convient de discuter avec lui des modalités de cette activité physique. Il faut donc bien choisir la nature du sport pratiqué, qui bien sûr doit respecter ses desideratas. Il faut également mettre en place un programme d’entraînement en indiquant la fréquence de l’activité (1 à plusieurs fois par semaine), la durée de celleci et son intensité.

Par exemple, la pratique d’un footing en sous-bois à une allure modérée n’est pas comparable à la pratique de l’athlétisme sur une piste à vitesse élevée.

Le facteur limitant dans la pratique de l’activité sportive est l’apparition de la douleur et un conseil très simple consiste à indiquer au patient qu’il faut éviter tous les sports, ou plus exactement tous les gestes techniques, qui génèrent des phénomènes douloureux, a fortiori un épanchement articulaire.

Il est important de faire la différence entre l’interdiction d’un sport, par exemple le tennis, et certains gestes lors de la pratique du sport. Dans cet exemple du tennis, certains joueurs peuvent très bien pratiquer en fond de court sans aller chercher des amortis entraînant des flexionsrotations importantes au niveau du genou. Cet exemple est applicable à de nombreux sports. D’autre part, le niveau en sport est également important. Si on prend l’exemple du ski, les contraintes sur le genou sont vraisemblablement très différentes entre un skieur de bon niveau, qui va skier tranquillement en-deçà de son niveau et un skieur débutant, qui mettra des contraintes plus importantes au niveau de ses genoux.

Un autre point capital est de faire la différence entre une arthrose fémorotibiale et une arthrose fémoro-patellaire. En effet, les gestes techniques agressifs pour le cartilage sont très différents dans les 2 cas. Dans le cas de souffrances fémoro-tibiales, ce sont les sports en charge qui sont plus agressifs tandis que dans les problèmes fémoro-patellaires, il faudra éviter la pratique de la musculation en chaîne cinétique ouverte.

Par exemple, pour quelqu’un qui chercherait à faire du renforcement au niveau des membres inférieurs et qui présente une gonarthrose fémorotibiale, on privilégiera la chaîne cinétique ouverte (pouliethérapie) alors que dans le cas d’une gonarthrose fémoro-patellaire, on évitera ce travail en chaîne ouverte pour privilégier des exercices en chaîne cinétique fermée, comme la presse.

L’utilisation du matériel est également extrêmement importante. Par exemple, dans les syndromes rotuliens du cycliste, un simple réglage de la selle peut éviter la survenue de douleurs fémoro-patellaires.

Conclusion 

Les conseils à donner à nos patients gonarthrosiques doivent être individualisés. Ils doivent tenir compte, pour le choix du sport, des désirs du sportif d’une part et de son niveau d’autre part. On tâchera de déterminer l’intensité, la durée et la fréquence de l’activité sportive. Il faudra également prévenir le patient que si un épanchement articulaire ou une douleur surviennent lors d’un geste sportif, il faut arrêter ce type de geste sportif.

Enfin, il faut qu’il soit convaincu que l’activité physique est bonne pour son cartilage, à condition que celle-ci soit effectuée de manière intelligente.

Bibliographie

1. White DK, Tudor-Locke C, Zhang Y et al. Daily walking and the risk of incident functional limitation in knee osteoarthritis: an observational study. Arthrisis Care Res 2014 ; 66 : 1328-36.
2. Lequesne M. Sport practice and osteoarthritis of the limbs. Science & Sports 2004 ; 19 : 281-5.
3. Lo GH, Driban JB, Kriska AM et al. History of Running is Not Associated with Higher Risk of Symptomatic Knee Osteoarthritis: A Cross-Sectional Study from the Osteoarthritis Initiative. Arthritis Care Res 2016 ; doi: 10.1002/acr.22939.