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Ongles et sport : tour d’horizon à travers six cas cliniques

Dr Pierre Frances (Médecin généraliste, Banyuls-sur-Mer), Dr Neil Metcalfe (Médecin généraliste, programme Hippokrates, York, Royaume-Uni), Guenaëlle Bodilis (Interne en médecine générale, Montpellier), Inès Mendes (Interne en médecine générale, programme Hippokrates, Lisbonne, Portugal), Arthur Regnault (Externe, Nîmes)

Les pathologies unguéales liées à la pratique sportive sont diverses et variées. Elles peuvent survenir dans tout type de sport. Petit aperçu avec six cas cliniques.

Avant d’aborder les pathologies unguéales rencontrées au décours de la pratique de sport, la Figure 1 vise à donner les repères anatomiques nécessaires à la compréhension des cas proposés.

Figure 1 - Anatomie de l'appareil unguéal.

Cas clinique n°1

Gérard est un vétéran de 61 ans qui participe régulièrement à des semi-marathons. Il nous consulte suite à des problèmes au niveau d’un de ses orteils, désagréments survenus après sa dernière compétition. L’ongle est décollé sur la plus grande partie de sa surface (Fig. 2).

Figure 2 - Onychomadèse.

Cette description est pathognomonique d’une onychomadèse. L’onychomadèse est caractérisée par un décollement proximal de la tablette unguéale. On peut observer une repousse d’un nouvel ongle sous l’ancien au fur et à mesure que celui qui a été atteint est éliminé. Les lésions observées sont responsables d’un arrêt complet de l’activité matricielle. Un sillon transverse est objectivé, et il occupe toute l’épaisseur de l’ongle. Plusieurs causes peuvent être responsables de l’onychomadèse (Tab. 1).

Dans notre situation, l’onychomadèse est paucidactylique, et reste secondaire au port de chaussures inadaptées, lesquelles ont favorisé cette atteinte unguéale. Aussi, il est conseillé au patient de bien choisir ses chaussures pour aller courir.

Cas clinique n°2

José, 42 ans, consulte après son stage de planche à voile. Ce dernier a noté la présence de bandes de couleurs blanches au niveau de certains de ses orteils (Fig. 3). Il est inquiet car il se demande si cette coloration n’est pas en relation avec une carence alimentaire.

Figure 3 - Leuconychies transversales.

En fait, cette coloration blanche porte le nom de leuconychie. Plusieurs causes sont responsables de cette coloration. La leuconychie partielle (cas de notre patient) se caractérise fréquemment par des lignes blanches transverses. Le plus souvent ces formes de leuconychie sont dues à des traumatismes (bricolage, soins de pédicurie trop importants).

Dans notre situation, les traumatismes induits par la pratique de la planche à voile sont responsables de cette anomalie. Aussi, pour remédier à ce problème, une protection plus adéquate avec des chaussures de plage est nécessaire. En aucune manière les leuconychies, contrairement aux croyances populaires, ne sont dues à une carence alimentaire !

Cas clinique n°3

Simon, 47 ans, consulte car il a des difficultés à couper ses ongles. Cet adepte de trekking à l’étranger nous explique avoir noté une modification de la morphologie de ses ongles suite à un long périple en Inde. Il reconnaît avoir gardé longtemps ses chaussures aux pieds, et n’avoir pas observé une hygiène parfaite.

L’examen des pieds de notre patient permet d’objectiver un épaississement de la tablette unguéale (pachyonychie), et une coloration brun-jaune de la partie distale des ongles (Fig. 4).

Figure 4 - Onychomycoses.

Cette description clinique correspond à une onychomycose. Les onychomycoses sont des affections fongiques dues aux dermatophytes (agent le plus souvent responsable de cette pathologie), levures (candida surtout), ou moisissures. L’incidence des onychomycoses  augmente du fait de la fréquentation de lieux favorables à cette contamination (salle de sport, piscine…).

En parallèle, l’hyperhidrose et les troubles de la circulation périphérique, les traumatismes et l’onychodystrophie restent les autres facteurs prédisposant à cette propension. Quatre formes cliniques sont observées :

  • L’onychomycose sous-unguéale distolatérale.

C’est la forme la plus fréquente. Le dermatophyte est responsable de cette forme. Il s’infiltre auniveau de l’hyponychium (l’hyponychium est un lit d’un tissu mou qui se trouve juste sous la partie libre de l’ongle à l’extrémité du doigt. Il forme une interface avec le reste de l’ongle et agit comme une barrière pour réduire le risque d’infection), puis pénètre le lit de l’ongle en donnant une hyperkératose sous-unguéale, et un détachement de la tablette unguéale qui est secondairement envahie. Cette onychomycose est secondaire le plus souvent à une atteinte digito-plantaire.

  •  L’onychomycose superficielle.

Cette forme est plus rare. Le dermatophyte pénètre au niveau de la tablette unguéale lors d’un traumatisme local. On objective alors des taches blanches distinctes (si elles sont multiples) qui envahissent la tablette unguéale.

  •  L’onychomycose sous-unguéale proximale.

Il s’agit d’une leuconychie profonde sous-unguéale au niveau de la lunule. Cette forme se rencontre plus rarement. Après une phase d’envahissement, on peut voir une onychodystrophie totale. Cette dermatose semblerait secondaire à un traumatisme, et ce, même si cette théorie n’a pas été prouvée de manière claire.

  •  L’onychomycose candidosique.

Elles est due dans 70 % des cas à un candida albicans, et témoigne d’une surinfection d’une onychopathie. Le plus souvent, on objective une paronychie (inflammation des tissus mous autour de l’ongle) qui est associée à une dystrophie secondaire de la tablette unguéale (elle devient irrégulière et bosselée).

Dans toutes les situations décrites précédemment, il reste impératif d’effectuer des prélèvements mycologiques, et de réaliser culture et examen direct. Contrairement aux idées reçues, les traitements locaux ne doivent être utilisés qu’en complément d’un traitement antifongique oral, ou dans un but palliatif. Leur pénétration au niveau de la kératine de l’appareil unguéal est tout à fait insuffisante.

Il faut recourir avant tout à des traitements systémiques si nous voulons observer une élimination de l’onychomycose. En ce qui concerne les traitements par voie orale, un seul a obtenu une AMM pour le traitement des onychomycoses. Il s’agit d’un antifongique à large spectre de la famille des allylamines : la terbinafine. Ce traitement est utilisé à raison de 250 mg par jour sur une période allant de 6 semaines à 3 mois. L’amélioration clinique totale est obtenue plusieurs mois après l’arrêt du traitement (du fait d’une croissance lente du nouvel ongle sain).  Cette thérapeutique ne peut être administrée chez les patients ayant une insuffisance rénale sévère (clairance au-dessous de 30 ml/mn), ou dans le cas d’une insuffisance hépatique.

Cas clinique n°4

Jean-Louis, 54 ans, est un adepte de l’escalade, mais il nous explique avoir de gros problèmes au niveau de ses ongles de mains, et ce, suite à cette pratique. En fait, nous remarquons la présence d’une cassure longitudinale de certains de ses ongles (Fig. 5).
Cette anomalie entraîne une gêne permanente dans la vie courante. En effet, le patient s’accroche plus facilement les ongles, et cela reste très désagréable.

Figure 5 - Onychorrhexie.

En fait, cette description correspond à une onychorrhexie. Ce sont des striations longitudinales peu profondes qui donnent souvent un aspect rugueux à la tablette unguéale. De multiples étiologies, dont le lichen plan, sont responsables de cette atteinte.

Dans notre situation, nous avons conseillé au patient de se protéger les mains avant chaque épreuve sportive.

Cas clinique n°5

Michel, 53 ans, effectue souvent de la plongée, et il aime chercher des coquillages entre les rochers. Par voie de conséquence, il nous explique avoir noté une fragilité de ses ongles, mais surtout au niveau des extrémités qui prennent l’aspect d’une pâte feuilletée (en plusieurs couches) (Fig. 6).

Figure 6 - Onychoschizie.

Cet aspect correspond à une onychoschizie. C’est un dédoublement lamellaire de l’extrémité distale de la tablette unguéale. On la rencontre chez les personnes qui ont souvent les mains dans l’eau, et ce de manière prolongée. Pour pallier cette anomalie, il faut éviter de plonger les mains dans l’eau de manière trop fréquente, mais aussi d’utiliser une crème émolliente.

Attention, l’onychoschizie peut favoriser le développement (du fait de cette fragilité de la tablette unguéale) d’onychomycoses. En conséquence, il est nécessaire de prendre ce trouble au sérieux.

Cas clinique n°6

Martine, 33 ans, aime les sports nautiques, et pratique souvent la voile et le surf. Depuis quelques mois d’une activité sportive intensive, elle a noté la présence d’anomalies de couleur au niveau de la partie distale de la tablette  unguéale de ses doigts (Fig. 7). Elle a également noté une fragilité unguéale, et de ce fait, elle utilise des vernis pour renforcer ses ongles.

Figure 7 - Onycholyse.

En fait, Martine ne présente pas une modification de couleur de ses ongles, mais un décollement de ces derniers (onycholyse). L’onycholyse est un décollement de la lame unguéale du lit unguéal sous-jacent. De nombreuses causes sont responsables de cette anomalie : exposition à des agents irritants ou toxiques, certaines pathologies dermatologiques (le psoriasis en priorité), certaines infections, certains médicaments, le contact prolongé avec l’eau. À côté de ces causes, l’onycholyse traumatique est aussi possible. Dans ce cas, il n’existe pas d’hyperkératose sous-unguéale.

Bien entendu, dans notre situation, nous allons prôner la modération dans les activités sportives, seule solution pour réduire cette onycholyse.

Pour en savoir plus

1. Scher RK, Daniel CR. Onychologie. Diagnostic. Traitement. Chirurgie. Ed. Elsevier 2007.
2. Habif TP. Maladies cutanées. Diagnostic et traitement. Ed. Elsevier 2008.
3. Saurat JH, Lachapelle JM, Lipsker D, Thomas L. Dermatologie et infections sexuellement transmissibles. Ed. Masson 2009.
4. Fitzpatrick TB. Atlas en couleurs de dermatologie clinique. Ed Flammarion Médecine-Sciences 2007.
5. Francès P. Regardons-nous assez les ongles de nos patients ? La main dans tous ses états. Médecine 2012 ; 8 : 449-55.
6. Baran R, de Berker D. A. R., Holzberg M et al. Diseases of the nails and their management. Ed. Wiley-Blackwell 2012.