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Otorragie après traumatismes mandibulaires en karaté : mise en évidence d’une fracture de l’os tympanal

Dr Jean-Pierre Pertek (Commission médicale nationale de la Fédération française de Karaté et Disciplines associées), Dr Franco Roman (Commission médicale nationale de la Fédération française de Karaté et Disciplines associées), Dr Éric Boiteau (Commission médicale nationale de la Fédération française de Karaté et Disciplines associées), Dr Amine Berama (Chef du service Chirurgie ORL, Centre hospitalier de Valenciennes), Dr Hervé Zakarian (Centre de rhumatologie, rééducation fonctionnelle, médecine du sport, Saint-Raphaël)

Karatéka portant un coup au visage (menton) de l’adversaire.

Histoire

A., 19 ans, membre de l’équipe de France de karaté, est victime, au cours d’une rencontre internationale, de deux traumatismes appuyés sur la pointe du menton générant une douleur située au niveau du condyle temporo-mandibulaire droit sans lésion cutanée observée. Le lendemain, un nouveau traumatisme moins appuyé, toujours au niveau mandibulaire, génère une otorragie droite de faible abondance. L’examen ne montre pas de luxation, de fracture mandibulaire ou de défaut de l’articulé dentaire, l’articulation temporomandibulaire est peu douloureuse. À l’inspection, le conduit auditif externe (CAE) et le tympan sont sans particularités, l’otorragie paraît simple et isolée. Le traitement comporte un antibiotique auriculaire, des antalgiques simples et l’exclusion de tout contact.
Une imagerie de sécurité est faite au décours qui va mettre en évidence une fracture de l’os de la partie antérieure du CAE droit (ou os tympanal) (Fig. 1) sans atteinte du condyle en regard, la congruence articulaire temporo-mandibulaire droite restant correcte, sans épanchement du CAE droit, ni de l’oreille moyenne droite, et un aspect normal à gauche. L’évolution est favorable.

Figure 1 – Fracture sur l’image scanner et embrochage cutané (flèche).

Commentaires

Au karaté, les pratiquants portent des gants et un protège-dents sur l’arcade dentaire supérieure. La maîtrise des coups portés est de mise, le hors combat (KO) est interdit, au niveau du visage une touche légère (skintouch) est compatible avec un point marqué, en revanche, une touche trop appuyée, a fortiori responsable de blessures, ne donne pas le point et pénalise le responsable. Si, dans les traumatismes faciaux la pyramide nasale est la plus atteinte, les fractures mandibulaires sont relativement fréquentes, les plaies sont assez rares et les otorragies exceptionnelles. L’os temporal est formé par l’os tympanal, le rocher et l’écaille du temporal (Fig. 2). C’est un petit os fragile en forme de cylindre ouvert vers le haut. Le mécanisme, dans le cas décrit, est indirect par déplacement de la mandibule.
L’examen clinique recherche des caillots, une plaie cutanée du CAE.
La fracture de l’os tympanal peut être associée à une fracture du condyle mandibulaire qu’il convient de rechercher.

Figure 2 – Schéma montrant les rapports de l’os tympanal.

En karaté, en présence d’otorragie (où le choc direct sur l’oreille par les techniques de poing est rare) : rechercher une lésion de l’os tympanal par traumatisme indirect.