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Pathologies de l’épaule en musculation : tableaux cliniques

Dr Amandine Lacroix (Avignon)

La musculation est pourvoyeuse de multiples pathologies de l’épaule, en particulier tendineuses, acromio-claviculaires et labrales. Nous présenterons ici 4 types d’exercices classiques avec les erreurs dans leur réalisation, et les pathologies associées.

Introduction

Les pathologies de l’épaule le plus souvent observées lors de la pratique de la musculation en salle sont les lésions microtraumatiques dues à des gestes répétitifs (tendinopathies surtout). En haltérophilie, l’épaule est au premier plan et les lésions touchent essentiellement le bourrelet glénoïdien. Hors haltérophilie, on note très peu de blessures par instabilité de l’épaule. La pratique de la musculation sur machine est peu pathogène mais le rendement est moins bon. La musculation avec des haltères et des barres est plus efficace mais elle est plus pourvoyeuse de pathologies, notamment accidentelles.

Principaux mouvements impliqués

Le rowing (barre ou haltères)

Le rowing barre

Le rowing buste penché est un des exercices de musculation pour le dos les plus complets (Fig. 1). Il travaille le grand dorsal, le deltoïde postérieur, le grand rond, les trapèzes et le rhomboïde.

Le buste doit être incliné de 30° à 45° au-dessus de l’horizontale et une fois en place, il ne doit plus bouger, surtout pendant la phase de tirage, afin de protéger le rachis lombaire.

Les pieds sont positionnés à une largeur égale à celle des épaules, les genoux légèrement fléchis pour améliorer la stabilité. Les mains sont aussi à une largeur égale ou un peu supérieure à celle des épaules, de manière à bien pouvoir reculer les coudes lors du mouvement.

L’exercice consiste à ramener la barre contre soi en tirant bien les coudes en arrière, plus l’amplitude du mouvement est importante vers l’arrière et plus les muscles du dos seront sollicités.

Plus la barre sera remontée vers le haut du torse plus on privilégiera le travail du dos aux dépens de celui des biceps.

Erreurs possibles : bouger le buste pendant le mouvement, garder les jambes tendues, mettre une charge trop lourde.

Le rowing haltères

Cet exercice utilise les 2 bras séparément, il permet de travailler les dorsaux inférieurs de façon plus ciblée que le rowing barre, et permet une amplitude de mouvement plus importante (Fig. 2). Il travaille également le grand rond et les faisceaux postérieurs du deltoïde.

Il se réalise un genou sur un banc à plat du même côté que la main qui agrippe fermement l’extrémité du banc pour une meilleure stabilité. L’haltère est tenue en prise neutre et le mouvement débute le bras en extension complète. Le buste est fléchi au niveau de la taille, la tête reste alignée. La charge est alors tirée vers la hanche en montant le coude le plus haut possible tout en le gardant près du flanc, et en fin de course on rapproche les omoplates, puis on contrôle le retour de charge.

Figure 1 – Le rowing barre.

Figure 2 – Le rowing haltères.

Le curl (barre ou haltères)

Cet exercice a pour but de travailler les biceps (Fig. 3).

L’exercice se réalise debout, pieds écartés de la largeur des épaules, et jambes très légèrement fléchies, sans verrouiller les genoux, afin de bien amortir le poids sur tout le corps. On réalise une inspiration bloquée pendant toute la montée, pour garder une pression intra-thoracique pendant le mouvement, permettant d’être gainé. La barre doit monter à vitesse normale et sans à-coup.

La barre peut être maintenue quelques instants en position haute puis on expire au cours de la descente.

Erreurs possibles : prendre trop lourd, se balancer, donner des à-coups, faire le mouvement avec le torse ou les épaules.

Tractions fixes

Cet exercice travaille le grand dorsal, le grand rond, le rhomboïde, et les portions moyennes et inférieures du trapèze. On le réalise suspendu à la barre fixe, mains en pronation avec une prise large (Fig. 4). On inspire et on monte le corps le plus haut possible, on reste 1 seconde en position haute puis on expire en redescendant doucement en contrôlant bien la descente. Plus la prise est large plus les dorsaux sont sollicités, plus elle est serrée plus les biceps et longs supinateurs interviendront.

Erreurs possibles : vitesse trop rapide (balancement du corps), ne pas contrôler la descente, faire les tractions en amenant la barre derrière la nuque (malposition de l’épaule).

Figure 3 – Le curl barre/exercice.

Figure 4 – Traction prise large.

Le développé-couché

Cet exercice met en jeu le supra-épineux, le sous-scapulaire, le tendon biceps, les grand et petit pectoraux, le triceps, le deltoïde antérieur, les dentelés, le coraco-brachial (Fig. 5).

L’exercice se fait en position allongée sur un banc horizontal, les fessiers en contact avec le banc, les pieds sur le banc ou jambes relevées ou au sol (les 2 premières positions permettent d’éviter l’hyperlordose). La barre est prise mains en pronation avec un écartement supérieur à la largeur des épaules. On inspire et on descend la barre en contrôlant le mouvement jusqu’à la poitrine, puis on développe en expirant en fin d’effort.

Erreurs possibles : ne pas descendre les coudes verticalement mais vers le bas du corps, lever une jambe, changer le placement des épaules, accentuer l’hyperlordose, soulever les fesses, faire rebondir la barre sur la poitrine, descente de la barre rapide et inversée d’un coup sec pour démarrer la poussée, verrouiller les coudes en fin de mouvement.

Causes de blessure : manque de souplesse/ échauffement et/ou muscles antérieurs trop développés aux dépens de la partie basse des pectoraux qui est donc sous-utilisée. L’atteinte du sus-épineux provoquera des douleurs en phase de “press” et celle du sous-scapulaire plutôt en phase excentrique (descente de la barre), le biceps également en phase excentrique.

Il existe évidemment beaucoup d’autres mouvements impliqués : développé nuque, élévations latérales, élévations frontales…

Figure 5 – Le développé-couché.

Facteurs favorisant les blessures

Pratiquants débutants, manque d’échauffement, quantité de travail effectuée trop importante, malposition des segments articulaires exposant les articulations, induction de déséquilibres agonistes/antagonistes.

A l’inverse : l’adresse et la souplesse diminuent le risque de blessure. Mouvement de rotation externe et antépulsion extrêmes sont le plus à risque de blessure (1).

Les hormones (GH, stéroïdes sous toutes leurs formes) restent encore largement utilisées. La créatine a-t-elle une réelle efficacité ? Ces produits entraînent une fragilisation tendineuse.

Les tableaux cliniques

Lésions du labrum glénoïdal (2)

Elles concernent les sujets jeunes, lors de la pratique des développés couchés, du travail des dorsaux, des écartés avec rowing et des tractions à la barre fixe. Les lésions sont surtout antéro-supérieures. Le diagnostic repose sur l’arthroscanner.

Il existe le plus souvent un traumatisme initial dont le mécanisme peut être des plus variables. La douleur est plutôt antérieure, mal systématisée, mécanique, survenant surtout à l’armé du bras ou, plus généralement, lors des mouvements de circumduction. Elle peut devenir nocturne dans 20 % des cas. Elle s’associe une fois sur deux à un dérangement interne de l’épaule (ressaut, claquements, accrochages…).

Il n’existe aucun test spécifique, mais on peut en citer.

• Le clunk test qui cherche à “piéger” une éventuelle lésion labrale (équivalent du cabot au genou).
• Le palm up ou la supination contrariée.
• Le Cross arm test d’O’Brien : douleur antérieure de l’épaule provoquée par l’élévation antérieure du bras contre résistance de l’examinateur qui tient le poignet, l’épaule étant à 90° d’élévation antérieure, 90° de rotation interne et en adduction. Ce test, plus régulièrement positif en cas de SLAP II “antérieure” que les deux précédents, peut aussi révéler une pathologie acromio-claviculaire, pouvant aboutir à une erreur diagnostique.
• Le test de mise en charge du biceps de Kim, biceps load test II serait, d’après les auteurs, d’une sensibilité (90 %) et d’une spécificité (97 %) remarquables dans le diagnostic positif d’une SLAP II. Il se réalise en plaçant le bras en position de l’armé, abduction à 120°, rotation externe maximale, coude fléchi à 90° et supination de l’avant-bras. Le test est positif si la flexion contrariée du coude déclenche ou augmente une douleur préexistante.

 

Pathologie de la coiffe des rotateurs

Les différents tendons de la coiffe sont plus particulièrement sollicités dans certains types de mouvements ; les tendons du sus- et sous-épineux : élévation latérale et rowing le long biceps : curl et tractions fixes. Ces lésions tendineuses sont favorisées par le travail du développé/couché et des écartés avec rowing (rotation), mais on les rencontre dans tous les gestes qui font travailler les épaules. Les complications sont la rupture du long biceps et la perforation de la coiffe des rotateurs. La douleur liée à la coiffe des rotateurs irradie classiquement dans le bras au V deltoïdien. Le début peut être brutal, traumatique ou non, ou progressif. L’horaire de la douleur est de type mécanique avec une composante nocturne caractéristique. A l’examen clinique : soit l’épaule est souple et douloureuse, soit le déficit de mobilité active concerne l’élévation antérieure (épaule pseudo-paralytique), ou la rotation externe. Les manoeuvres de conflit sont positives, et les tests isométriques retrouvent douleur et/ou déficit.

 

Autres atteintes tendineuses

Certains autres tendons n’appartenant pas à la coiffe sont aussi très sollicités : les insertions du grand pectoral (tractions fixes, rowing), et du petit pectoral, bench-presser’s shoulder. Le bench-presser’s shoulder ou épaule du développé/couché (étude Cape shoulder institute) (3) correspond à une atteinte du petit pectoral (Fig. 6) en particulier due au mouvement de développé/couché. A l’examen clinique, on retrouve une douleur proche de la partie médiale de la coracoïde. On réveille également cette douleur au test isométrique du petit pectoral qui se réalise couché sur le dos : l’examinateur exerce une poussée vers le bas sur la face antérieure de l’épaule et le patient essaie de contrarier cette poussée. La douleur est aussi retrouvée au mouvement de dévéloppé/ couché. Cliniquement, la douleur peut faire penser au tendon du biceps.

La lésion tendineuse est la conséquence de la répétition à très grande échelle d’une situation stressante voire traumatisante pour le tendon. La répétition d’un geste spécifique provoquant un contact entre le tendon et une structure osseuse explique la notion de conflit mécanique direct.

Figure 6 – Testing petit pectoral.

Articulation acromio-claviculaire

Cette articulation est très sollicitée lors de tous les gestes au-dessus de l’horizontale, surtout lors des tractions et des rétropulsions. Il s’agit d’une arthropathie microtraumatique.

La douleur est le signe prédominant. Celle-ci intéresse la partie antérieure de l’épaule pouvant irradier vers le trapèze en haut, vers la face postérieure du moignon de l’épaule et la face latérale du bras. Le patient montre parfois un point précis douloureux en regard de l’articulation acromio-claviculaire. La palpation de l’acromio-claviculaire est souvent douloureuse à sa partie supérieure. L’adduction forcée membre supérieur à l’horizontale déclenche une douleur antérieure évoquant fortement une pathologie acromio-claviculaire (cross adducting test).

La disparition de la douleur après injection intra-articulaire de produit anesthésiant oriente le diagnostic. Le diagnostic différentiel de conflit sousacromial est à éliminer. La mobilité passive reste normale. L’amplitude de cette mobilité permet cependant d’éliminer les raideurs articulaires scapulo-humérales qui peuvent être en revanche observées dans l’arthrose acromio-claviculaire.

 

 

Omarthrose

Le stade ultime de l’évolution de ces lésions est la constitution progressive d’une omarthrose qui s’observe chez les vétérans.

Conclusion

Les exercices de musculation sont nombreux à mettre l’épaule à contribution et de multiples erreurs d’entraînement et de réalisation de ces gestes peuvent causer un certain nombre de pathologies. Les lésions les plus fréquentes sont l’arthopathie acromio-claviculaire et les lésions tendineuses. On retiendra particulièrement une pathologie encore méconnue : l’épaule du développé-couché ou bench presser’s shoulder, sous-estimée car souvent confondue avec une lésion du tendon du biceps.