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Une douleur postérieure de l’épaule chez un jeune tennisman

Dr Jacques Parier (Clinique des Maussins, Paris)

Nombreux sont les jeunes joueurs de tennis, de bon niveau, qui se plaignent d’une douleur postérieure de l’épaule dominante, lors du service. Si l’on demande au joueur de décomposer son geste, on constate que c’est lors de l’armer que se produit la douleur.

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La biomécanique du geste

Le service, dans un sport de lancer, présente 4 phases.

La deuxième, l’armer (cocking), commence avec le lâcher de balle et se termine lorsque l’épaule est en rotation externe maximale. Cette phase lente représente, associée à la montée du bras, plus de 2/3 du temps total du geste, soit environ 1,5 secondes. La tête humérale est normalement parfaitement centrée, sauf lors de la fin de l’armer, c’est-à-dire en rétropulsion horizontale, rotation externe maximale où elle recule de 4 mm. Dans cette position, on a démontré qu’un contact se produit entre la face articulaire de la coiffe, en particulier le supra spinatus, et la partie postérieure de la glène. Les chocs plus ou moins appuyés lors de ce mouvement peuvent être à l’origine de conflit répétitif entre la partie profonde du tendon du supra spinatus et le bourrelet postérieur de l’articulation scapulo-humérale, débouchant sur une pathologie douloureuse et sur une lésion plus ou moins importante du tendon du supra-épineux ou du bourrelet. C’est le conflit postéro-supérieur décrit par Walch (Fig. 1).

Figure 1 – Schéma du conflit entre la face profonde de l’insertion du sus-épineux et le bord postéro-supérieur de la glène en position d’armer. Vue de dessus, épaule droite.

Pour poser un diagnostic

Le joueur est habituellement exclusivement gêné lors de la pratique du service, notamment lors de l’armer. Il faut donc savoir évoquer ce diagnostic. Certaines manoeuvres spécifiques réveillent la douleur. Elles miment le mouvement d’armer au tennis.

L’examinateur place le bras en rétropulsion horizontale rotation externe comme pour le test d’appréhension. A noter que si sa douleur est réveillée, le joueur ne craint pas un éventuel “déboîtement”. Le test de relocation est habituellement positif.

De principe, on recherche les diagnostics différentiels ou associés : atteinte neurologique, instabilité…

Parmi les examens complémentaires, l’échographie est particulièrement intéressante car elle est pratiquée dans la position douloureuse et peut visualiser la zone de conflit. D’autres examens plus sophistiqués peuvent être utiles (résonance magnétique,arthroscanner, arthroscopie). On recherche une lésion du bourrelet glénoïdien, une lésion de la face profonde du supra ou de l’infra-épineux.

 

 

Traitement

Le traitement nécessite le repos relatif avec arrêt du service. Si les autres gestes réalisés en dessous de la ligne des épaules ne sont pas douloureux, ils peuvent être continués.

La rééducation tient une large place : travail des fixateurs, renforcement de la coiffe en particulier des rotateurs externes, récupération de la rotation interne, travail proprioceptif.

Le traitement médical comporte en outre anti-inflammatoires, injection intra-articulaire de corticoïdes. Parfois, un nettoyage arthroscopique au niveau de la zone lésée est nécessaire.

 

 

La modification du geste

Une modification technique limitant le mouvement de rétropulsion est pratiquement toujours indispensable.

Depuis quelques années, la technique du service s’est modifiée, le 1er temps dit montée du bras s’est très largement raccourci et un certain nombre de joueurs (Mauresmo, Roddick, Monfils, voire de manière caricaturale Puerta) effectuent des montées directement vers une position d’armer. Ce mouvement d’armer raccourci nécessite alors beaucoup moins de rétropulsion et le passage du bras est beaucoup plus précoce. Le service dit compact a donc beaucoup d’avantages.

 

Conclusion

Le service au tennis est devenu une arme maîtresse au plus haut niveau. Son apprentissage précoce chez des joueurs de bon niveau débouche souvent sur un conflit postérieur. Une technique parfaite parfois adaptée telle le service compact, une rétropulsion horizontale rotation externe modérée, un travail préventif du préparateur physique et du kinésithérapeute protègent cette épaule. Une fois installée, cette pathologie reste difficile à traiter.

Pour en savoir plus

• Burkhart SS, Morgan CD, Kibler WD. The disabled throwing shoulder: spectrum of pathology. Part 1. Pathoanatomy and biomechanisms. Arthroscopy 2003 ; 19 : 404-20.

• Cousteau JP. Médecine du tennis. Paris : Masson,1999.

• Jobe CM. Superior glenoid impingement: current concept. Clin Orthop 1996 t 330 : 98-107.

• Jobe CM. Posterior superior glenoid impingement: expanted spectrum. Arthroscopy 1995 ; 11 : 530-6.

• Meister K, Buckley B, Batts J. The posterior impingement sign: diagnosis of rotator cuff and posterior labral tears secondary to internal impingement in overhand athletes. Am J Orthop 2004 ; 33 : 587-601.

• Parier J. Technopathies du tennis. Paris : Printel Ed., 1992.

• Parier J. Le tennis, une passion, un mode de vie. Chiron, 2010.

• Riand N, Lévigne C, Renaud E, Walsh GN. Results of derotational humeral. osteotomy in posterosuperior glenoid impingement. Am Sports Med 1998 ; 26 : 453-9.

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• Walch G, Liotard F, Boileau P. Un autre conflit de l’épaule : le conflit glénoïdien postérosupérieur. Rev Chir Orthop 1991 ; 177 : 571-4.

• Walch G, Boileau P, Noël E, Donnell ST. Impingement of the deep surface of the supraspinatus tendon on the posterosuperior glenoid rim: an arthroscopy study. J shoulder Elbow Surg 1992 ; 1 : 238-45.