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Une fracture de fatigue après l’arrêt du tabac : Quel lien ?

Pr Martine Duclos (Service de Médecine du Sport, CHU de Clermont-Ferrand)

Pr Martine Duclos

Françoise C., 36 ans, est adressée pour des douleurs sur les adducteurs survenues de façon progressive lors de la pratique de la course à pied.

Historique

L’examen clinique n’objective pas de symptomatologie inflammatoire musculaire. L’examen a été complété par un bilan radiologique et un IRM qui a mis en évidence deux foyers de fracture de fatigue sur les branches ischiopubiennes droites.

Françoise C. est professeur de Français dans un lycée et court 1 heure tous les jours (soit 70 à 80 km par semaine) depuis 3 ans. Elle a démarré la course à pied il y a 3 ans au moment où elle a arrêté le tabac. Auparavant, elle n’avait aucune activité sportive.

Ce jour, l’interrogatoire retrouve une aménorrhée évoluant depuis 2 ans, non traitée. L’âge des 1res règles est de 13 ans et les cycles étaient réguliers avant cette aménorrhée. Elle ne prend plus de contraception orale depuis 5 ans. A noter une perte de poids de 8 kg dans l’année où elle a arrêté le tabac et commencé la course à pied. Son poids actuel est stable à 57 kg pour 173 cm. L‘examen clinique est sans particularité.

Le bilan biologique montre les résultats suivants : FSH et LH normales, estradiol et progestérone basses, bilan androgénique et prolactine normaux.

Deux examens sont demandés :

• l’absorptiométrie biphotonique pour mesure de la densité osseuse qui objective une ostéopénie au niveau des 2 sites mesurés : col fémoral (T-score à -1,8 DS) et rachis (T-score à -2,0 DS), le T-score est défini par le nombre de déviations standard (DS) par rapport à la moyenne de l’adulte jeune de même sexe ; un -2,5 < Tscore < -1 DS définissant l’ostéopénie ; de plus les résultats sont à la limite de l’ostéoporose vertébrale qui est définie par un Z-score à -2DS chez la femme non ménopausée ;

• l’enquête alimentaire : les apports alimentaires sont à 1 260 kcal par jour avec une alimentation pauvre en lipides et en acides gras essentiels et vitamines liposolubles (17 % des apports en lipides contre 23 % de protéines et 60 % de glucides), les apports calciques sont normaux.

Diagnostic

Le diagnostic posé est celui d’une aménorrhée hypothalamique (hypo-estrogénie en présence de gonadotrophines hypophysaires [FSH, LH] non augmentées) par carence énergétique chronique (apports alimentaires à 1 200 kcal alors que les apports devraient se situer autour de 2 000 kcal par jour) responsable d’une ostéopénie par carence oestrogénique.

 

Le déficit énergétique chronique est aussi confirmé de façon indirecte par la mesure de la composition corporelle (absorptiométrie biphotonique) qui met en évidence un pourcentage de masse grasse bas à 12,6 %

Suivi

La prise en charge a porté sur 2 points :

• reprise de poids par augmentation progressive de la ration alimentaire pour arriver à une ration à 2 200 kcal (1 800 kcal les jours sans activité et alimentation supplémentaire lorsqu’il y a activité de 400 kcal) apportant suffisamment de lipides (minimum 30 % de la ration) ;

• et reprise prudente de l’activité physique avec la condition que la reprise n’entraîne pas de perte de poids.

 

L’évolution a été favorable avec une reprise de 3 kg en 6 mois (MG = 18,5 %), retour des cycles à 6 mois et gain de 0,5 point de densité osseuse à 12 mois.

Densité osseuse (BMD) lombaire. Les courbes en bleu et violet représentent les normes (moyenne ± 2 DS) chez la femme en fonction de l’âge (abscisse). La croix correspond aux résultats chez la patiente.

Discussion

Quel rôle a joué l’arrêt du tabac dans la fracture de fatigue ?

 

Aucun de façon directe. Mais le tabagisme a été remplacé par une autre conduite, pas forcément addictive, mais au moins extrême dans ses charges et son rythme de progression et dans les conduites alimentaires restrictives associées pour ne pas prendre de poids à l’arrêt du tabac.