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Le point sur la réathlétisation avec Jean-Georges Cellier, le kiné de l’OM

Comment définissez-vous la réathlétisation ?

La réathlétisation, c’est le reconditionnement athlétique d’un sportif blessé.
Un arrêt de la pratique, plus ou moins long, est souvent nécessaire en cas de blessure. Dès 8 à 10 jours d’arrêt d’activité, on constate déjà une baisse de la condition physique. Bien sûr, plus l’arrêt est long, plus le retentissement sur les capacités physiques à produire un effort est important. On parle de réathlétisation lorsqu’il y eu baisse du niveau athlétique : il s’agit de l’entretien des capacités physiques permettant de retrouver un certain niveau d’effort. Toutefois, en pratique, il y a une petite subtilité : aujourd’hui, nous n’attendons plus qu’il y ait une baisse des capacités physiques. Toute l’approche du kinésithérapeute du sport et de l’équipe médicale consiste justement à anticiper pour empêcher le déconditionnement à l’effort. Le but est donc de maintenir, dès le début, les capacités physiques à un niveau optimal, en parallèle à la rééducation. Tout en ne perdant pas de vue que la rééducation est l’objectif principal ! La réathlétisation ne doit jamais nuire à la rééducation, ni à la guérison, le but de la rééducation étant de retrouver la fonction de la partie lésée, alors que la réathlétisation se concentre sur les qualités athlétiques.
La réathlétisation n’a pas pour objectif de réduire le temps d’arrêt mais elle permet au sportif d’avoir une capacité physique proche de celle de la reprise de la compétition au moment de la guérison, et donc d’optimiser le temps, sans pour autant brûler des étapes. C’est une période de construction, très intéressante.

Quel est le rôle du kinésithérapeute dans la réathlétisation des sportifs ?

La réathlétisation se base sur une réflexion collégiale. Le kinésithérapeute, en lien avec le chirurgien et le médecin, a un rôle de coordinateur. Il est chargé de guider le sportif, de lui donner des consignes, et c’est donc lui qui est le plus à même d’établir un programme adapté, que ce soit pour des sportifs de haut niveau ou amateurs.

L’occasion d’un point global !

« Cette période d’immobilisation doit aussi être l’occasion de faire un bilan de l’état général du sportif afin de l’aider à corriger des déficits ou des déséquilibres, en l’incitant à travailler des muscles qu’il n’a pas l’habitude de faire travailler (muscle du dos par exemple) et en lui donnant des conseils pour éviter de se blesser de nouveau. »

En pratique, que mettez-vous en place ?

Les possibilités pour la réathlétisation sont immenses et sont déterminées au cas par cas. Si une personne souffre à l’épaule, on peut lui conseiller le vélo pour travailler les jambes notamment, alors que pour une personne blessée au genou, nous favorisons plutôt l’entretien du tronc, des bras… L’idée, c’est de faire travailler d’autres parties du corps.
Nous avons le choix pour les moyens à utiliser : marche athlétique, natation, exercices de musculation… Toutes ces activités peuvent être modulées en différents exercices que l’on peut combiner de plusieurs façons. Le kinésithérapeute pioche parmi toutes les possibilités d’exercices pour concevoir un programme réfléchi et adapté au niveau et aux besoins du sportif. À aucun moment, il ne doit y avoir de régression dans le processus, ni d’effets secondaires induits par la réathlétisation. À noter que la rééducation, objectif principal, est preneuse d’énergie et peut engendrer une certaine fatigue. Le kinésithérapeute doit prendre cela en compte pour déterminer les séances.
Le kinésithérapeute prévoit un programme d’exercices à réaliser à son cabinet, au domicile du sportif, à sa salle de sport ou à son club de sport.

La réathlétisation : c’est bon pour le moral aussi

« L’aspect psychologique est très important dans la réathlétisation. En effet, chez une personne passionnée de sport, l’arrêt peut avoir un retentissement sur l’état général. Le fait de pouvoir s’entretenir et d’avoir un objectif, d’être encadré, est important pour l’équilibre du sportif. »

Quel est le cas le plus fréquent associant rééducation et réathlétisation ?

La blessure la plus typique est la rupture du ligament croisé antérieur, car généralement la reprise se fait au bout de six mois, ce qui nous laisse le temps de travailler. La réathlétisation démarre au bout d’un mois et les différentes activités sont progressivement mises en place : marche, musculation générale, vélo, course…
En fait, la durée d’arrêt détermine le niveau de réathlétisation.

Entretien du 26 mars 2015